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Discours de l’ancien président Jocelerme Privert à l’occasion de sa participation au World Summit 2019 à Séoul

« La rédaction de La Brève décide de publier in extenso le discours de l’ancien président Jocelerme Privert lors de sa participation au World Summit 2019 ,organisé par la Fédération pour la Paix Universelle (FPU), tenu à Seoul(Corée du Sud) du 7 au 11 février 2019. »

PAIX, SECURITE & DEVELOPPEMENT HUMAIN
Fédération pour la Paix Universelle – FPU
(Universel Peace Federation – UPF)
Sommet Mondial 2019
(7-11 Février, Seoul, Korea)

INTERVENTION DE SEM. JOCELERME PRIVERT
ANCIEN PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE D’HAITI

Formules d’appel,
…. … …
Mesdames, Messieurs,

Mesdames et Messieurs

Pour mériter l’estime, disait un vieux dicton, « il n’est pas indispensable d’avoir accompli de grandes choses, il suffit de les avoir tentées ».

La Fédération pour la Paix Universelle fondée en 2005 par le Dr. Myum Moon Sun et son épouse qui accueille aujourd’hui a Seoul plus de 1200 invités, venus d’au 120 pays, est loin d’être une tentative. Leur rêve s’est imposé comme une vibrante réalité. Force est de constater que ces visionnaires avaient vu juste en créant, il y a 14 ans, cette organisation vouée à la cause de la Paix, à travers la recherche de solutions concertées et pacifiques. Peut-être n’imagineraient-ils pas que cette initiative serait d’une telle pertinence et aurait tant de résonnance dans un monde si convulsionné.

L’une des forces et des clés du succès de la FPU, réside dans son approche multidimensionnelle et inclusive. En effet, la FPU fonctionne comme une plateforme de concertation et de dialogue qui tend les bras et fait de la place à des personnalités et individus de toutes composantes et origines religieuses, politiques, sociales et ethniques, dans la recherche de solutions de Paix durable, comme alternative viable aux conflits qui gangrènent le monde.

La vision et l’approche de la FPU font recette: bâtir un monde ou prédominent la compréhension mutuelle, le respect des différences et œuvrer pour la prospérité de Toutes et de Tous !
Le thème retenu pour ce Sommet 2019 “Paix, Sécurité et Développement Humain” traduit, par sa transversalité, une bonne compréhension des problématiques et des enjeux actuels de notre monde. Il souligne à quel point les organisateurs saisissent l’interdépendance qui existe entre ces différentes composantes dans la prévention, la gestion et la résolution des conflits. Bâtir la Paix dans le monde est une équation à variables multiples qui requiert une approche multidimensionnelle. Si nous voulons vivre dans un monde de Paix et déminer le terrain pour les générations futures, nous devons agir sur plusieurs axes.

Mesdames, Messieurs,

Mon intervention de ce soir, s’articule autour de trois (3) de ces axes considérés comme majeurs :

1- Les Conflits et leurs Mécanismes de résolution

Il y a un constat implacable : notre existence de terriens est jalonnée de conflits ! Je m’empresse d’ajouter que ce constat n’est ni fataliste ni défaitiste. Le Conflit est un phénomène social normal. Les guerres sont aussi vielles que l’humanité ! Le monde a toujours vécu au rythme de convulsions et de crises. Le constat est peut-être sévère, mais il est sans appel… Toutefois, on aura remarqué qu’à certains moments, les guerres sont plus ou moins fréquentes, les conflits plus ou moins intenses et violents ! Puis, il y a des moments et des périodes d’accalmie plus ou moins prolongées ou de parenthèses de paix sont restées ouvertes plus ou moins longtemps…

Cependant, malgré la récurrence de la violence. Elle est loin d’être un mécanisme de résolution de conflit. C’est souvent un outil et un moyen de domination. Notre capacité de violence systématique constitue la plus redoutable des menaces pour l’humanité et pour notre monde. Alors, comment, devons œuvrer à écarter le risque d’un devenir apocalyptique de notre humanité ? C’est le devoir de chacun, c’est le devoir de nous tous.

Si je me circonscris simplement à la région Caraïbes – Amérique Latine d’où je viens, cela ne nous prendrait pas beaucoup de temps pour égrener les conflits et les guerres qui ont jalonné les années récentes et ceux qui défraient, aujourd’hui encore, la chronique. Haïti, mon pays.

Je suis ici, avec vous, pour parler de paix, de sécurité et de développement humain, alors que mon pays fait face à des contestations et des mouvements de rues remettant, une nouvelle fois en péril sa fragile paix et stabilité politiques. Haïti, mon pays, en l’espace de dix ans a connu deux missions de paix des Nations Unies. La dernière, dite Mission des Nations Unies pour la Stabilisation d’Haïti, a séjourné plus de 14 années au pays. Elle a été, récemment, remplacée par celle dite Mission des Nations Unies d’Appui à la Justice. La persistance des crises politiques, économiques et sociales liées à la pauvreté extrême et au sous-développement chronique qui constituent le lot du peuple haïtien indique, clairement, qu’on est loin de sortir de la zone de turbulence et de cheminer vers la paix et la sécurité et encore moins le développement humain.

Dans notre région et particulièrement en Amérique latine, subsistent encore des zones de conflits larvés. Le récent acte terroriste qu’a vécu la Colombie, en ce début d’année, suite à l’explosion d’une voiture piégée devant une école militaire à Bogotá, faisant plus de 21 morts et des dizaines de blessés est un éloquent témoignage. Cet acte barbare, en plus des pleurs et deuil qu’il a provoqués, vise surtout à saper les efforts en cours pour mettre fin – à travers le dialogue pacifique à des décennies de conflits armés et réconcilier les familles colombiennes.

Un autre exemple d’une crise inquiétante dans le continent Latino-américain est la situation que connaît actuellement le Venezuela. Je me garderai de me prononcer sur le fond de la question, car mon devoir de réserve en tant qu’ancien Chef d’État m’interdit tout commentaire qui pourrait même s’apparenter à de l’ingérence dans les affaires internes d’un autre pays ! Ainsi, me limiterai-je à appeler de mes vœux qu’une solution pacifique puisse être trouvée, dans l’esprit du compromis, pour le bien-être du peuple vénézuélien et pour la stabilité régionale.

Mesdames, Messieurs,

Seulement à travers les trois exemples cités plus haut, en interpellant les faits et en interrogeant l’histoire récente et présente, celle qui s’écrit actuellement sous nos yeux, nous voyons se dérouler de multiples scènes et situations de conflits avec escalade de violence tant physique que symbolique.
Ainsi, notre mérite réside dans la manière et la sagesse avec lesquelles nous abordons les conflits pour les résoudre et en écartant tout rapport de domination. La pertinence et l’efficacité de telle ou telle méthode de résolution des conflits dépendent des capacités et des aptitudes des acteurs et des médiateurs à parvenir à des solutions négociées qui, participent à la construction d’un environnement mondial, social et culturel, économique et politique, technologique en faveur de l’humanité, sans exclusion ni exclusive.
Ceci n’est point un rêve d’enfant, ceci est un appel à l’intelligence de notre être et de notre humanité et des risques auxquels nous faisons front.

Un autre volet important concerne la nature et les contours de l’entente auquel parviennent et/ou peuvent parvenir les parties impliquées. Il ne faut pas des « solutions en trompe l’œil » qui comportent déjà en elles les germes du prochain conflit. Le monde est parsemé d’exemples d’accords de paix mal négociés portant en eux-mêmes déjà les germes des prochaines crises.

Nous devons donc apprendre des ces passés douloureux pour faire appel à la juste mesure dans nos recherches de solutions. Il faut toujours éviter et écarter toute situation qui humilie ou rabaisse une des parties, qui lui ôte sa dignité ou encore qui lui laisse dépourvu de tout moyen de se reconstruire, voire de survivre… Il faut éviter et écarter toute situation qui pourrait s’apparenter à des résultats du type « The winner takes all », c’est-à-dire que celui qui gagne, gagne tout et celui qui perd, perd tout ! Si c’est à ces genres de solutions qu’on aboutit, Ô que la prochaine catastrophe n’est pas loin !

2- Le deuxième axe de mon intervention porte sur les Moyens de Mitigation des Conflits

Avant que n’éclate une crise ou une guerre, il y a plusieurs facteurs concomitants qui vont permettre son éclosion. Il y a également des signes annonciateurs, que si on arrive à adresser à temps et de manière appropriée, peuvent permettre d’empêcher l’éclatement de ces conflits. Plusieurs études, travaux de recherches et observations empiriques montrent que la plupart des guerres éclatent à cause d’inégalités sociales trop criantes, d’injustices aberrantes et d’absence de politiques publiques adéquates pour réduire certaines fractures sociales. Une manière de mitiger et réduire considérablement l’explosion de ces conflits est d’apporter des solutions convenables au problème, si j’ose dire, en tuant les germes dans l’œuf!
A propos, l’approche de développement humain conceptualisée par les Nations Unies depuis les années 90, comme réponse intégrée aux inégalités, peut constituer un excellent rempart pour limiter l’éclosion de certains conflits violents. Le concept de développement humain, ne se limite pas seulement à mesurer la richesse produite par un pays en fonction du revenu par habitant, comme cela a longtemps été le cas, mais intègre aussi les notions de bien-être des individus en fonction des résultats obtenus en matière de santé et d’éducation par exemple, de loisirs et d’épanouissement. La Revue Equité Sociale reprend et synthétise bien le concept comme suit : Le développement humain est défini comme le reflet de la qualité de vie des hommes au sein de la société dans laquelle ils évoluent. Il inclut la notion de « bien-être », en s’appuyant sur certains articles de la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948. Ainsi, le développement humain intègre notamment les critères comme : qualité de vie, espérance de vie, niveau d’alphabétisation, taux de chômage et de pauvreté, alimentation et culture, entre autres.

Dans son rapport d’indice de développement humain 2018(IDH) regroupant des données de 189 pays et territoires, le PNUD fait ressortir parmi ces principales conclusions les aspects suivants: « Le progrès n’est ni linéaire ni garanti ; les crises et les difficultés peuvent réduire les gains à néant. Les pays en situation de conflit affichent des pertes d’IDH qui peuvent être ressenties sur plusieurs générations ».Il poursuit pour illustrer en citant les exemples suivants : « Au cours des dernières années, certains pays où des conflits ont éclaté se sont trouvés confrontés à de nouveaux défis. Entre 2012 et 2017, la Libye, la Syrie et le Yémen enregistrent un recul de la valeur de l’IDH et du classement, conséquence directe de conflits violents ». Ainsi, nous voyons bien se développer une relation siamoise entre qualité de vie, redistribution des richesses produites et apparition des conflits ; ceci vice-versa. De ce fait, une manière efficace de réduire les conflits dans nos sociétés consiste à réduire les inégalités sociales et injustices de toutes sortes.

Sous ce rapport, il est nécessaire d’opérer une rupture de paradigme dans les stratégies d’approche du conflit, dans le but de le décharger de ses valeurs négatives – et réductrices du conflit, à la violence, aux fins d’un nouveau paradigme, d’où l’opportunité du troisième axe de mon intervention.

3- Le troisième et dernier volet de ma réflexion porte sur les « Causes originelles des conflits », connues dans la littérature anglo-saxonne comme « The Root Causes of Conflict »

Au risque de voir se répéter sous les mêmes formes ou sous des variantes ayant mutées, les conflits referont surface si les Leaders du monde entier et les responsables de tous bords – économiques et financiers, politiques et religieux, acteurs de la société civile, chercheurs, académiciens et médias – n’ont pas toujours les révérenciels éducationnels et culturels, économiques et psychologiques – nécessaires pour appréhender les causes profondes des conflits violents et de violence comme moyen de résolution de conflits.
Dans un article qui fait référence, publié en 2002 et intitulé : « Les causes originelles des conflits dans les pays en voie de développement: Des origines à la prévention » Professeure Frances STEWART de l’Université d’Oxford développe avec brio sa thèse, qu’elle a ensuite rigoureusement étayé par des observations faites sur le terrain. A travers des études de cas de plusieurs pays en situation de conflits violents prolongés ou à répétition, dont Le Salvador, Haïti, Burundi, Liberia et Rwanda, pour ne citer que ceux-là, elle démontre qu’une paix durable ne peut être obtenue par le seul compromis politique, mais nécessite de s’attaquer aux causes réelles et profondes des conflits : « The root causes ». La pauvreté, les inégalités sociales, politiques et économiques prédisposent les groupes aux conflits.
L’appropriation et l’accaparation des ressources naturelles et minières des pays par et au profit de petits groupes, créent des conditions idéales pour des guerres à répétition et des luttes armées. Dans ces conditions, des tentatives de négociation – intéressées ou bien intentionnées – risquent très peu d’aboutir à des résultats. Il faut de réelles politiques publiques et de vrais mécanismes participatifs et inclusifs pour éradiquer les causes de ces conflits qui sont souvent trans-générationnels quand ils ne sont dument adressés.

Mesdames, Messieurs,

En vue de juguler le risque de n’avoir point complété mon intervention, si je n’évoque pas le cas des conflits exportés ! Par cette expression, il nous faut entendre, plusieurs situations de crises qui sont conçues et instrumentalisées de l’extérieur par des groupes d’intérêts qui ne disent guère leurs noms et les vraies raisons de leurs actions – œuvrent à l’émergence de conflits violents, déstabilisateurs d’État-Nation, et lucratifs pour leurs initiateurs. Ces conflits violents et armés qui répondent le plus souvent à des motivations géopolitiques et géostratégiques – dans le contrôle des ressources et des routes commerciales, jouent un rôle majeur dans les déséquilibres régionaux et mondiaux. Ces conflits exportés peuvent réduire à néant tous les efforts consentis par certains pays et gouvernements pour adresser leurs différends en interne. Ils risquent de saper toutes les bases jetées aux prix d’énormes sacrifices et de compromis dans certains pays, entraînant la déstabilisation et la désarticulation de toute une région !!

Dans ce contexte, il convient donc de garantir un certain ordre mondial basé sur le respect des Nations et la libre détermination des Peuples. Certains conflits subsistent à cause de l’absence de plateformes et de mécanismes de médiation et de dialogue appropriés. D’où l’importance des fora régionaux, hémisphériques et mondiaux comme l’Organisation des Nations Unies (UN), l’Organisation des Etats Américains (OEA) ou encore l’Union Africaine (UA). Toutefois, ces organismes doivent pouvoir exercer leur rôle en toute indépendance et impartialité, c’est-à-dire faciliter les négociations entre les parties, faire la médiation et rendre au besoin des arbitrages, sans aucune influence et sans aucune forme de pression de quelque pays-membre ou puissance affiliée que ce soit !

Mesdames, Messieurs,

En conclusion, pour réduire les occurrences de la violence et de la guerre et façonner un monde de Paix, Nous, les Leaders, nous, acteurs de la société civile, nous, les hommes et les femmes du monde entier toutes catégories confondues, de professions de foi, de tendances et de partis différents, nous devons être capables de cerner les causes multiples des conflits et de la violence, de la guerre aux fins de travailler pour y remédier.
Il nous faut être intelligents et lucides, nous nous devons d’être patients et de cultiver la sagesse par des actions courageuses pour appréhender les causes premières de la violence et y apporter des réponses idoines au phénomène. Il nous faut établir des politiques publiques effectives qui prennent en compte à la fois la prévention et la mitigation pour de nouveaux horizons.
Il nous faut promouvoir un développement humain intégral et inclusif, réduire les inégalités entres groupes sociaux ainsi que les foyers de précarités et d’inégalités de toutes sortes. Enfin, il convient d’œuvrer au maintien d’un monde multipolaire, qui permet à chaque nation d’exprimer sa voix et de faire des choix en fonction du principe d’auto-détermination et dans le sens inaliénable des intérêts de la collectivité.

Merci pour votre attention.

L’ancien Président Jocelerme Privert avant son allocution


Jocelerme PRIVERT
Ancien Président de la République d’Haïti.-

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