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Éditorial: Des espoirs et des rêves partis en fumée

Dans la journée du 12 février, un incendie de trop a été déclaré au marché public de la Croix-des-Bossales. Personne n’en a parlé car la situation explosive que connait la capitale haïtienne en ces temps-ci domine l’actualité. Cela passe comme un fait divers dans la presse locale car des incendies, on compte par dizaine au cours de ce soulèvement populaire qui secoue le pays depuis le 7 février. Au-delà de leur dimension de cherté de la vie, ces manifestations sociales parfois violentes ont des racines profondes. En effet, ces révoltes s’expliquent non seulement par plus de 30 ans d’Etat d’urgence mais aussi par le chômage des jeunes, la pauvreté, les inégalités et surtout la corruption qui gangrène l’administration publique. Malgré le soulèvement d’une frange active de la population paupérisée, le gouvernement est lent à réagir. Le prix des denrées de base, le riz, le maïs, le sucre sont envolés ces derniers mois.

Pour se faire entendre, le peuple pille et incendie des entreprises se trouvant sur son passage lors des manifestations. Parmi les victimes, on compte des petites et moyennes entreprises qui remuent ciel et terre pour exister. Certains propriétaires ne sont pas de la classe possédante mais doivent désormais recommencer à zéro ou abandonner le rêve de monter une entreprise viable en Haïti. Les conséquences désastreuses de ces tragédies alarment et appauvrissent certaines familles et personne ne dit rien de la détresse et du chaos social engendrés par ces désastres. Le pire c’est que ces foyers de mécontentement se multiplient dans le pays et les villes sont menacées d’explosion. Entre plaintes et sanglots, des espoirs et des rêves de certains jeunes professionnels partent en fumée. Ainsi, le fruit des années de dur labeur se dissipe dans les nuées. Quand sera-t-il arrêté ce spectacle cauchemardesque ? Quand le feu finira par tout embraser, l’Etat interviendra-t-il pour aider à reconstruire ?

Les feux meurtriers qui embrasent actuellement les grandes villes de la République rappellent à quel point il est urgent de trouver une issue à la crise politique qui bouscule le pays depuis une semaine. Les tensions sociales continueront à s’aviver tant que le fossé entre riches et pauvres continueront de s’accroître. Il faut mettre un terme aux discours de situation ridicules et pathétiques pour prendre la table de discussion. Des gens crèvent de faim chez-eux après tant de jours de paralysie sans pouvoir se ravitailler. Des hôpitaux appellent au secours et on s’attaque même à des ambulances, ce qui n’aurait pas dû. Chacun pèse leur orteil pour ne pas être la prochaine victime d’acte de pillage et d’incendie. Dans ce qui se fait actuellement sur le terrain, point n’est besoin d’être propriétaire d’une entreprise en vue pour être dépouillé de son avoir car l’on peut débarquer chez-vous, mettre le feu dans votre véhicule privé et vide votre maison. Ce drame peut assaillir n’importe qui et à n’importe quel moment.

Arrêtez de voler les rêves des adolescents de 14 ans en les abattant en pleine rue. A chaque jour, nous frustrons une catégorie sociale. Hier c’étaient les professeurs, aujourd’hui ce sont les propriétaires des petites et moyennes entreprises et demain l’on ne sait pas qui sera mais ce qui est certain on continuera à frustrer des catégories parfois vulnérables dans la société. Certains, pour échapper à la misère crasseuse, montent à bord des petites embarcations à la recherche d’autres cieux plus cléments mais au final ils se retrouvent noyés au fond des océans. C’est aujourd’hui ou jamais qu’il faut arrêter de tuer l’espoir et le rêve de celles et ceux qui veulent rester dans leur pays pour participer à son edification.

Israël JEUNE
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