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Société: Une incohérence fatale au progrès de Lascahobas/ par Sem Lapaix

Lorsque vous suivez les débats à travers les émissions de radio ici à Lascahobas, vous avez l’impression que les gens ont assez de clairvoyance, qu’ils identifient voire maîtriser les problèmes qui entravent le progrès de la communauté mais lorsque vous côtoyez ces mêmes gens, vous vous rendez compte que cette génération passera, et le progrès demeurera inconnu par la communauté. Qu’est-ce qui explique cette contradiction?

Bien que maladroitement, certaines fois, on ait tendance de vouloir décanter la politique du développement, vous n’avez pas besoin d’approfondir une analyse pour montrer combien que rien n’est plus politique que le développement. En effet, la réalité quotidienne prouve que ceux qui détiennent le pouvoir politique et qui accusent des limites sévères en termes de compétence, de capacité et d’expériences font toujours tout ce qui est à leur portée pour empêcher que la communauté soit développée. En général, partout, les hommes ont peur du changement. Mais ici, ce n’est pas simplement que les gens au pouvoir ont peur du changement, ils l’ont en aversion. Ils se disent donc, une fois que la communauté aurait atteint un certain degré de progrès, bien sûr qu’ils n’auront plus place à sa direction et qu’évidemment, ce ne seront que de nouvelles têtes adaptées aux nouvelles exigences liées à la modernité qui seront donc aux commandes. Et comment fonctionne cette politique à Lascahobas?

La génération des années 70, ici à Lascahobas, doit se rappeler les conditions dans lesquelles Faustin Dumeny a pu briguer plus d’un mandat en tant que Député, représentant de la circonscription de Lascahobas au Parlement haïtien, sous le régime des Duvalier face à Madame Lamarque Douyon dite Yvette de Lascahobas, candidate très populaire au cours des années 70, 80. Les élections à cette époque étaient une farce. Il suffisait d’être plus proche possible du dictateur, lui prouver mieux que possible son zèle, lui confirmer que quiconque son allégeance. Ce n’était qu’une compétition entre des vassaux puisque quelqu’un qui n’était pas partisan du régime ne pouvait s’arroger le droit d’être candidat. Et c’est dans ce contexte que malgré la popularité de Madame Douyon, c’était toujours et encore notre Faustin qui recevait la bénédiction du Président de la République d’alors, M. Jean Claude Duvalier pour accéder au parlement qui était loin d’être une assemblée de débats contradictoires mais une bande vouée à la cause du Président de la République. Avec le départ du dictateur le 7 février 1986 et avec la consécration d’une nouvelle constitution adoptée le 29 mars 1987, l’organisation d’élections qui se veulent libres, honnêtes et démocratiques s’était imposée dans le pays. Et Lascahobas a ses propres histoires à travers ces expériences.

La première élection réalisée dans le pays après la chute des Duvalier avait eu lieu le 16 décembre 1990. Et le peuple en euphorie avait choisi presque tous les candidats qui symbolisaient la démocratie à la mode bien qu’il ne fût pas déjà capable de l’appréhender. Ces candidats se trouvaient sous la dénomination du Fond National pour le Changement et la Démocratie FNCD/LAVALAS, un regroupement de partis politiques dirigés par des hommes qui étaient pour la plupart venus de l’exil et qui combattaient le Duvaliérisme. Du nombre de ces leaders on pouvait citer Gérard Pierre Charles, Victor Benoît, Evans Paul… A Lascahobas, Gary Guiteau, Clodanor Jacob Richard, respectivement candidats pour les postes de député et Magistrat Communal, se retrouvaient dans cette mouvance et sous aucune considération, sous aucune forme de procès, la population dans sa grande majorité avait jeté son dévolu sur ces jeunes hommes.

A mesure que le processus démocratique s’avance dans le pays, à mesure que les gens arrivent à s’expliquer cette dynamique les alliances se disloquaient, les leaders font cavaliers seuls et vont à la poursuite du pouvoir politique pour défendre leurs propres intérêts ou ceux de leur clan. Ce n’était pas seulement dans les rangs des leaders de rayonnement national que ce schisme siégeait. Dans toutes les divisions géographiques et politiques du pays, tous les hommes se voyaient dans la peau de représentants du peuple, d’où la malheureuse réalité d’aujourd’hui qui fait qu’ils soient légion, partout, les candidats pour toutes les fonctions électives du pays.

Quelles sont donc les conditions requises pour que quelqu’un puisse se porter candidat? A part l’âge qui est variable dans les prévisions constitutionnelles, à chacune des fonctions électives, demeurer un certains temps, exercer une profession ou posséder un bien dans la zone où le candidat veut bien représenter, être en possession de ses droits civils et politiques, n’avoir jamais été condamné à une peine afflictive ou infamante, n’avoir jamais renoncé à sa nationalité, sont les seules exigences. Alors, vous comprendrez pourquoi n’importe qui peut aujourd’hui se porter candidat à une haute fonction de l’Etat et arriver à bénéficier le vote du peuple sans qu’il n’ait même besoin de connaître les attributions qui sont relatives à la fonction à laquelle il se porte candidat. On comprend aussi pourquoi le pays est dans cette situation si lamentable, enfoncé dans des crises les unes plus complexes que les autres.

A Lascahobas, cette réalité est bel et bien comprise et elle est objet constant dans tous les débats, dans tous les medias de la commune. Mais ironiquement, les mêmes hommes qui la dénoncent la cautionnent. Comment et pourquoi?

Les élections en Haïti sont passées du devoir citoyen, d’un exercice civique, d’un droit politique à une activité commerciale dans un marché fonctionnant totalement en dehors de toutes les normes, où, c’est le candidat le plus offrant qui a la possibilité exclusive de les gagner; lors même que c’était un repris de justice, un délinquant, un assassin, un illettré. Et la condition économique précaire de toute la population l’a mise à la merci de ces voyous. Vous direz sans doute que ce seraient les personnes les plus vulnérables qui seraient donc la proie de cette situation regrettable. Attention, il faut considérer que presque toute la population est malheureusement vulnérable bien que ce soit à des degrés différents. Un autre aspect qu’il faut considérer aussi c’est l’absence de la pudeur chez certains hommes. Quels que soient leurs moyens économiques, leur statut, ils demeurent parasites. Ils sont rares ceux, qu’à la vue d’un sac de riz offert par un candidat, ne seraient pas tentés. Si 250 gourdes peuvent acheter certains; pour d’autres, il en faudra 500, 1000, 5000. C’est à chacun, son prix.

Les élections comme partout en Haïti sont attendues aussi ici à Lascahobas. Près d’une vingtaine de candidats sont donc déjà pressentis. Certains ont fait l’université, d’autres ont des années d’expériences dans la politique, ils ont certainement tous la volonté nécessaire et la capacité requise pour représenter valablement la population. Mais tous, ils ne valent rien par rapport à des candidats qui font partie de la mafia haïtienne, qui ont toute sorte d’argent en leur possession pour acheter les élections à n’importe quel niveau du processus. Ces candidats, qui ont tous les moyens d’impressionner la population en majeure partie arriérée, sous développée, et qui pis est, affamée, se voient déjà au timon des affaires.

Les expériences montrent que les populations qui ont désigné les meilleurs représentants à travers les pouvoirs politiques tirent les bénéfices de leur choix et par contre celles qui ont désigné les pires tirent toujours les conséquences de leur inconséquence. Par exemple, un peu partout dans tout le département du Centre, plus près de nous dans le Bas-Plateau Central, particulièrement dans l’arrondissement de Lascahobas, trois ans sont presque arrivés, alors que le Président de la République M. Jovenel Moïse effectue de grands travaux dans toutes les communes de l’arrondissement à Savanette, à Belladère et à Baptiste et même dans le cadre de son programme Caravane du changement, il n’a pas exécuté un coup de pèle ici à Lascahobas, le chef lieu de l’arrondissement.

Lascahobas est réduite à sa plus simple expression. Il fut un temps c’était une commune de 7 sections; aujourd’hui elle n’en compte que pratiquement deux. Depuis plus de soixante ans, de Petit Fond, en passant par La hoye jusqu’a Juampas, ses trois section communales, Lascahobas offre à l’Etat haïtien plus de six mille quatre cent hectares de terres pour contenir les eaux du lac artificiel de Péligre pour faire marcher la centrale hydroélectrique qui produit l’électricité que l’Etat distribue à travers le pays et Lascahobas est pratiquement privée de ce produit. Fondée en 1760 élevée au rang de commune depuis 1814, avec son potentiel éco touristique extraordinaire Lascahobas mérite bien un traitement digne dans la République.

Ceci n’est pas un secret pour personne: Lascahobas contribue énormément dans les recettes de l’Etat. Le marché débordant de la ville, celui de Casse, La hoye, d’importance binationale; ceux de Gilbert et de Dos-Bois-Rouge respectivement dans les sections communales Petit Fond et Juampas sont le bastion de grandes activités économiques dans le département. Lascahobas a droit à un représentant. On a le devoir de la faire sortir de son état de sous développement répugnant.

Au parlement particulièrement qui est un espace de débats politiques et contradictoires, on ne fait pas de cadeau. Pour exercer son pouvoir de contrôle sur l’exécutif, influencer ses pairs, défendre sa communauté à travers les décisions dans les sphères de l’Etat, attirer l’attention des éventuel partenaires nationaux et internationaux, certaines compétences s’avèrent indispensables, sinon, et le représentant et la population risquent d’être la risée du reste de la République.

Dans ce tableau dressé sur la réalité des élections en Haïti en général et ici à Lascahobas en particulier, les candidats qui ont dans la tête mais pas en poche sont méprisés par l’oligarchie qui ne voit dans la politique que affaires qui sont plus garanties avec les mafieux. Mais paradoxalement ces candidats sont aussi fuis par les pauvres qui renient leur avenir, nient l’intérêt de la collectivité pour sauver une situation. Ceux qui découvrent cette réalité réalisent combien être pauvre est un crime. Aussi, dirait-on quelle que soit la voie il faut se débrouiller pour avoir quelque chose en poche.

Mais attention, quel que soit le prix il vaudrait bien garder son honnêteté et sa dignité. Le pays, la société n’est pas condamnée à être toujours la marche pieds des grands voleurs de la République, des dilapidateurs du trésor public, des corrompus, des trafiquants de drogue. Ce qu’il faut apprendre à la population, se sont les raisons pour lesquelles elle est obligée de désigner des représentants dans les pouvoirs politiques du pays. C’est aussi avec ce qu’on a en tête que le développement serait possible et non avec seulement ce qu’on a en poche. Une fois que les raisons et les vérités fondamentales seraient connues, la population serait en mesure de faire des choix éclairés et responsables adaptés avec le présent et l’avenir

Pour arriver à ce résultat, les directeurs d’opinion, les leaders des organisations communautaires, les leaders religieux, les dirigeants des associations socio culturelles, les enseignants doivent prendre conscience, consentir de sacrifier leurs intérêts personnels pour orienter la population dans le sens des intérêts communs. Une campagne d’éducation civique et la tenue d’un débat public entre tous les candidats peuvent être utiles aux élections attendues. Quelqu’un disait le bien être est le premier des biens publics. Poursuivons le bien-être de tous. Harmonisons nos paroles avec nos actes.

Sem LAPAIX
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